Industrialiser l’impact en concentrant ses efforts - la recette Kignon
#12 : Se concentrer là ou l'on a le plus d'impact
Depuis des mois, Katia Tardy apparaît régulièrement sur mon fil LinkedIn et dans la presse. Sourire franc, énergie communicative.
Une image qui tranche avec ce que renvoie souvent l’industrie — et encore plus quand on parle de handicap ou de gaspillage alimentaire.
Tout le monde croit savoir ce qu’est Kignon : une marque sympa, engagée, qui fait des biscuits à partir de pain invendu, en travaillant avec des ESAT.
La question opérationnelle que je viens creuser est plus rugueuse : Comment rendre ce modèle industriellement viable, à volume, sans édulcorer l’impact — ni s’épuiser à vouloir être irréprochable sur tout ?
Si, comme moi, vous vous êtes déjà dit :
“Travailler avec des ESAT, j’adorerais… mais ce n’est pas si simple”
alors cette visite est pour vous.
Ce que vous allez apprendre aujourd’hui
Pourquoi l’impact oblige à faire des choix clairs — et à renoncer à certains combats
Comment les ESAT peuvent devenir des partenaires industriels, pas un “à-côté social”
Ce que l’accessibilité fait vraiment aux processus opérationnels
Comment embarquer de très grands industriels sans se construire contre eux
L’entreprise en bref
Kignon par la Biscuiterie Handi-Gaspi Handi-Gaspi)
Fondée en 2021 par Alix Guyot, Louise Doulliet et Katia Tardy
Transformation de pain invendu en biscuits sucrés et salés, production réalisée avec des ESAT
Environ 30 000 biscuits / jour, réutilisant 500 baguettes invendues avec 30 biscuitiers en situation de handicap
Les ingrédients 🔥
1️⃣ Choisir ses combats… même quand c’est inconfortable
Au départ, Kignon voulait tout cocher : anti-gaspi, ESAT, zéro plastique, 100 % bio, circuits spécialisés. L’impact en mode très difficile.
Progressivement, les fondatrices ont dû arbitrer : vendre dans des circuits conventionnels.
et accepter de se faire critiquer par les plus puristes.
Pourquoi c’était nécessaire :Parce que le volume est une condition non négociable de la rentabilité industrielle.Et que sans rentabilité, l’impact reste marginal.
Ce que ça exige vraiment :
accepter de décevoir une partie de son “camp”
investir un an de R&D pour éviter un emballage plastique… sans garantie de succès
tenir une ligne imparfaite mais cohérente dans le temps
Attendre des acteurs de l’impact qu’ils soient irréprochables sur tous les fronts est souvent contre-productif. C’est vrai pour eux. C’est vrai aussi pour les industriels qui essaient d’avancer. A bon entendeur !
2️⃣ S’appuyer sur les ESAT… au lieu de vouloir “se débrouiller”
La question que Katia entend le plus souvent :
“On aimerait travailler avec des personnes en situation de handicap, mais on ne sait pas par où commencer.”
Sur le terrain, la réponse est simple — mais peu appliquée : contacter directement les ESAT.
Ils disposent déjà de professionnels dédiés pour :
analyser vos process
identifier ce qui est accessible
créer les formations
encadrer les équipes
garantir la qualité
fournir des locaux adaptés
Kignon ne traite pas les ESAT comme un sous-traitant exotique, mais comme un partenaire industriel à part entière.
Ce que ça exige vraiment : clarifier vos process et expliciter les critères de qualité au maximum. Une leçon de lean management… inattendue.
3️⃣Mettre les industriels autour de la table, pas en face
Dans l’impact, deux postures reviennent souvent :
se construire contre un secteur
ou chercher à transformer avec lui
Katia a fait un choix exigeant : embarquer de très gros industriels agroalimentaires autour de projets concrets.
Exemple frappant : la production de biscuits handi-gaspi directement dans les usines Tipiak, avec des équipes ESAT, sur site.Cette transformation du pain «in situ» dans les usines qui transforme le modèle et duplique l’impact. Une trentaine d’industriels qui ont montré de l’intérêt sur le projet
Ce que ça exige vraiment :
accepter de ne pas être “contre tous”
passer du plaidoyer à l’expérimentation
devenir tête de cordée… et montrer que c’est faisable à toutes les échelles
Ce que j’en retiens (et ce que vous pouvez en tirer)
1️⃣ L’impact industriel commence par des arbitrages clairs, pas par des intentions parfaites.
Choisir, c’est renoncer. Et c’est souvent ce qui rend le modèle viable.
2️⃣ Le handicap est un révélateur de maturité opérationnelle.
S’il ne “rentre pas” dans vos process, le problème vient rarement des personnes.
3️⃣ Transformer un secteur est souvent plus efficace depuis l’intérieur que depuis la marge.
À condition d’accepter la complexité… et la lenteur collective.
À méditer pour vos propres sites 🏭
Sur quels combats essayez-vous encore d’être irréprochables… au risque de vous bloquer ?
Vos processus sont-ils vraiment accessibles — ou seulement maîtrisés par quelques experts clés ?
Avec qui pourriez-vous expérimenter, plutôt que convaincre ?
Et vous
Qu’est-ce qui, dans votre organisation, gagnerait à être rendu plus simple… pour devenir plus robuste ?




